Je perds patience lorsque le couperet tombe.
Bien sûr tu ne comprends pas, ou alors pas assez. Bien sûr tu n'as pas confiance. Tu te méfies, me crains. T'attaches au boureau, à ce goût d'inédit, mais restes alerte, le coup de croc de trop peut vite arriver. C'est humain, c'est touchant d'humanité. Autant que je me trouve monstrueuse.
Envers toi contre envers moi-même.
Je m'interdis de t'aimer mais t'empêches, en y mettant toute ma bêtise, de m'aimer. Et j'ai honte. Terriblement honte. Je me ronge, créatrice et fondatrice de ma propre douleur. Ne pars pas. C'est insupportable mais restes. Je fuis, tout le temps, à chaque instant, face à chacun de tes pas, à chacun de tes mots. Je fuis sans savoir de quoi j'ai le plus peur.
Si c'est de Toi ou de Moi.
Rattrappe-moi. Assome-moi s'il le faut. Et enferme-moi. Laisse moi seule avec ma colère et mon dégoût. Laisse l'hystérie s'emparer de tout cet être froid et distant. Laisse moi distiler cette immonde folie. Laisse moi te hurler ma haine. Laisse moi m'épuiser. Seule. Et toi de l'autre côté des barreaux. Effrayé mais patient. Tu ouvriras la porte lorsque je serais plus basse que terre. Maintenant laisse moi ramper. M'excuser un peu. Puis prend dans tes bras ce coeur transi d'épuisement, laisse le se fatiguer à vivre encore, laisse le puiser dans ses dernières ressources, ne l'aide pas. Pas encore. C'est là que je pleurerais. Me dessiquerais peu à peu. Fragile, recroquevillée et rabougrie comme les dernières feuilles d'un hiver ravageur. Dernières feuilles d'un arbre au tronc certainement trop tortueux. Et c'est là, plus insignifiante que jamais, plus cassante que le verre, que je voudrais t'appartenir et me blottirait contre ta poitrine au coeur certainement trop tendre.
Montre-moi que je peux lâcher mes armes à tes pieds sans craindre l'ultime coup de poignard.


