Nous nous sommes retrouvés. Voilà, enfin. Après un mois, nos chemins s'entrelacent de nouveau.
Et pourtant, tout cela n'a rien d'idyllique. Ta chair efface ma neurasthénie, c'est une chose.
Mais cela ne suffit pas. C'est "comme si", ce n'est pas.
Tu n'acceptes pas l'idée mais tu acceptes le fait. Et tu désires ardemment le fait, au fond, tout autant que moi.
Ce sont les corps et les coeurs qui parlent. Jusqu'à que la raison les baillonne et les entrave. C'est une lutte acharnée, interne et douloureuse. Les contradictions fusent. Actes & mots se font paradoxes, et dans de rares occasions se réconcilient. Nous ne pouvons pas nous passer l'un de l'autre. C'est un besoin qui va plus loin que celui de la chair, car cela, nous avons tenté, chacun à notre façon, de le trouver ailleurs pendant cet arrêt sur image. Et en avons convenu, chacun à notre façon, que ce qui nous poussait l'un à l'autre était tout autre.
C'est cet apaisement, cette sérénité profonde que l'autre nous procure. Ce calme bienveillant, ce battement palpitant comme unique berceuse. Ce peau à peau quasi infantile. Ce soulagement de se sentir ici, là et maintenant. Se dire que l'on est exactement là où l'on veut être. Cette béatitude sans explication rationelle.
Etre ensemble dans le fait mais pas dans l'idée.
Il y a eu cette chanson, In my place. Plus qu'une chanson, à ce moment précis, c'était l'incarnation parfaite de notre situation. J'ai pleuré en silence, repensant aux mots que tu venais de graver en moi, nichée dans tes bras. Je me souviens m'être réveillée ce matin-là, en prenant conscience que je n'avais pas rêvé, que cela était bien réel. " Alors voilà, nous sommes ici, réunis, enfin... " Te serrant contre moi, je cherchais à te hurler de ne plus jamais me laisser. Je sens encore ton étreinte, ressens encore la pression de ton visage contre le mien. Ne sachant si cela était teinté de la joie de se retrouver ou celle d'un Adieu. Mais tu m'as serré plus fort que jamais tu ne l'as jamais fais, j'aurais pu me briser entre tes bras, cela m'aurait été égal.
Chasse tes peurs, fais taire ces insupportables paradoxes et accepte ce fait : nous ne pouvons pas faire autrement, nous avons besoin l'un de l'autre. Car je n'accepterais pas de ne rien représenter face à toi. De n'être que l'incarnation d'une pseudo-relation.
D'être seulement le fantôme de nos 5 mois.