Nous sommes-nous choisi ou n'y avait-il pas d'autre échappatoire que cette croisée des chemins ?
Crois-tu que cela existe vraiment ce " la bonne personne, au bon moment " ?
Moi qui ressassais encore les débris d'une histoire effondrée et prenais un malin plaisir à jouer avec une lame un peu trop aiguisée pour moi. Lame dont j'avais pourtant subi de glaciales entailles. Je n'attendais plus rien, préférant m'offrir en pâture au plus offrant. J'en aurais sûrement fais des conneries si tu n'avais pas voulu autant entrer dans ma vie. La folie du jeune chien fou qui explosa une fois que sa chaîne fut brisée.
Je ne fus ni tendre ni facile. Comme des relans de vengeance au fond de la gorge, comme la poussée douloureuse de vrais crocs, durs et froids comme l'acier dans ma mâchoire. Comme le louveteau prend part à sa première partie de chasse, je te voyais première proie. La première fois que je pourrais feindre, jouer, claquer mes dents près de ton corps endolori par la course, juste assez près pour sentir le frisson d'une imperceptible angoisse de mort. Je me voulais intransigeante et sans pitié, d'une colère sombre et ludique.
Mais avant tout cela je t'ai ignoré, dédaigneuse, voulant goûter à une chair tant fantasmée par le passé. Et lorsque cette chair fut tout à moi, qu'elle me tannait d'y mordre, je m'y refusa. Dégoûtée et déçue. "Alors c'est ainsi que les choses devaient se faire ?! Bof... " Oui c'était comme ça, aussi simplement et dénué d'intêret. Je repoussais la carcasse du bout du nez, repu du simple fait de l'avoir vu s'offrir et céder. La perspective m'ébranla les quelques heures suivantes, les quelques jours suivants.
Mais ton arrivée, même si elle fut incapable de balayer ces effluves sanguines, changea quelque peu la donne; l'ajout d'un pion dans un échiquier décimé. Cette nouveauté était attrayante, les possibilités à venir également. C'est ta persévérance qui sans aucun doute m'intrigua le plus.
Le temps est passé, le virtuel s'y ajouta et la rencontre, la réelle rencontre, se produisit. Ton regard. Oui, je me souviendrais toujours je crois de ces regards-là. Cette bribe de conversation nocturne. L'intêret et la curiosité que tu semblais me porter. Les chamailleries de gosse. Ton sourire.
Me voilà m'écoutant écrire. Comment croire une seule seconde qu'au bout de ses quatre mois je ne suis pas amoureuse de toi. Cela transparait comme le nez au milieu de la figure, ces mots transpirent, dégoulinent d'une tendresse un peu rugueuse mais toujours sincère. Les choses sont allées plus vite pour toi que pour moi, mais autant dire que cela était prévisible, car c'est toi qui, le premier, a agité ce fanion.
A présent c'est moi qui suis pieds et poings liés, avant j'avais conscience que cela serait douloureux, aujourd'hui cela m'apparait comme inimaginable. Est-ce le cours du temps, ton absence ou mes humeurs lourdes comme le plomb... ? Ou est-ce mon instinct, présentant encore le poids d'une nouvelle enclume à porter ? La lassitude peut s'être insinuée peu à peu, aussi subtilement que les sentiments le font à d'autres époques. Et je n'y pourrais rien. Je peux seulement me tuer à la redouter.