La vérité m'a explosée au visage. C'est pire encore que la violence anticipée, pire que la douleur attendue.
Une pluie d'échardes, un déluge de lames, plus aiguisées encore que toutes celles que j'ai pu craindre.
Comme si tu m'aimais trop à présent, comme si cela t'était devenu insupportable, inconcevable. Lorsque moi, acceptant cette montée en puissance de sentiments, je me laissais tomber à tes pieds. Faut-il vraiment que tu partes, maintenant. Au moment même où celà devient inimaginable, tu réalises mon pire cauchemar, coupe la corde lorsque je m'apprête à sauter.
Et je m'écrase.
Tu as pris peur. D'un geste brusque et impulsif tu as saisi ta plus grande arme pour venir à bout du lien qui me maintenait en vie. Je me sens si vide à présent. Cette pensée interdite, ce réconfort arraché. Je sens mes trippes se tordre lorsqu'elles se perdent dans les méandres de ces mots. " Je l'ai Lui. " Comme ses gosses qui s'aggrippent à leur mère, mon âme s'aggrippait à tout ce que tu représentais. Jamais je n'aurais cru, pas maintenant, pas là, pas après tout ça. Des os brisés, des chairs rompues, voilà ce qu'il en reste de ce corps. Eparpillée, en mille morceaux. A terre, là, à attendre que ta silhouette vienne embrasser les soubresauts de vie qu'il en reste. Mais il est plus que probable que tu ne reviendras pas, que trop fier tu resteras à te délecter de cette facilité, en m'oubliant, en nous oubliant.
Je me lève chaque matin à présent avec l'espoir débile que tout cela n'était qu'un rêve immonde, que cette douleur sans limites ni conditions s'évapore avec la disparition de ma torpeur. Je me perds à t'imaginer là, contre moi.
Tu m'aimes.
Mais tu ne reviendras pas.